Fondateur, fondatrice : s'inspirer pour innover
• Épisode
13

TRIBUNE LIBRE Julien Le Corre, Co fondateur d’.YZ, L’art délicat de la révolution

Son supplice s’appelle « routine ». Sa révolution : « le 4 day week challenge ». Pour Julien Le Corre, prophète du monde d’après, le travail ce sera « produire plus en travaillant moins ». Depuis 5 ans, le cofondateur d’.YZ, agence de communication, annonce l’avènement inéluctable d’un mode de travail meilleur pour tous et ne lâche rien. Question de survie…

TRIBUNE LIBRE Julien Le Corre, Co fondateur d’.YZ, L’art délicat de la révolution

« Toute ma vie, mon travail a été au service de mon mode de vie et non l’inverse. Et c’est toujours le cas aujourd’hui… J’ai été un digital nomad quand cela n’existait pas encore. Pendant plus de 15 ans, j’ai travaillé partout, avec bonheur. Dans des cafés, au bord d’une piscine, sur un rooftop, chez moi, sur la route, à la campagne, dans les trains, dans les lounges d’aéroport. Quand j’étais à New York, je me levais à l’aube, pour finir vers midi (18h en France). En Chine, je travaillais en fin de journée, quand mes clients dormaient encore, et ils découvraient leur prez toute prête en démarrant leur journée à 9h…


La vie de bureau ne m’a jamais manqué. En tant que créatif freelance pour de nombreuses agences de communication, je faisais bien sûr des réunions de briefing chez mes clients. Avec l’impression de me rendre au zoo. Tous ces gens enfermés, au même endroit toute la journée, tous les jours, me rappelaient par contraste la joie de mon indépendance. Mes rendez-vous terminés, je filais sans me retourner à Barcelone ou à Bangkok. A l’époque, Skype n’était, certes, qu’un service de téléphonie par IP pour appeler à l’étranger sans se ruiner. La visioconférence n’existait pas. Le wifi était rare, et son débit digne d'un Minitel. Les connexions souvent hasardeuses. Mais les prémices de la liberté au travail étaient bien là, et je m’en étais saisi avec bonheur. Cette liberté du travail s’est encore démocratisée à partir des années 2010.


En 2017, heureux d’avoir si bien vécu, j’ai décidé de « construire » et j’ai monté .YZ avec Dimitri Granger. Comme vous pouvez vous en douter, la routine quotidienne de cette première année de notre société m’a vite été insupportable. Faire le même trajet tous les jours, être au même endroit, voir les mêmes gens m’étaient un supplice. Après 15 ans de liberté quasi-totale, je découvrais ce que signifiait “être au travail”, cette espèce de présence molle et improductive, ce lien social à faible valeur ajoutée. Mes journées filaient dans un chaos décousu de déconcentration permanente. Je devais compter sur mes soirées et mes week-ends pour produire vraiment. La répétition, cette litanie de l’identique, mettait mon esprit en sommeil. Les fenêtres de mon imaginaire se rétrécissaient sous le poids de l’habitude. J’étais malheureux. Pas créatif.


Alors, timidement, on a décidé d’instaurer un jour de télétravail par semaine, pour faire évoluer la culture de l’entreprise (et préserver ma propre santé mentale). Le plus difficile en réalité était de se convaincre que le projet entrepreneurial n’allait pas s’effondrer pour autant. L’une de nos collaboratrices était déjà basée à Berlin. En 2019, un autre est parti vivre à Aix-en-Provence. Mon associé a commencé à aimer passer des demi-journées, puis des journées chez lui. Avec les grèves de fin 2019, l’équilibre a basculé. On s’est retrouvé avec des réunions en visio dans lesquelles 25% des participants étaient au bureau et 75% à la maison. Anecdotique, pensions-nous… Trois mois plus tard, le coronavirus nous est tombé dessus pour la balle de match. Le remote est devenu planétaire !

En quelques jours, les préoccupations des entreprises sont soudainement devenues autrement plus graves que de se demander si les pauses café allaient nous manquer. Des millions de personnes, qui n’avaient jamais travaillé à distance, se sont retrouvées chez elles. Les outils liés au télétravail ont explosé. Zoom, Microsoft Team, Microsoft Cloud… Claquemurés chez nous, ce qui semblait être un retour en arrière allait en fait devenir un grand bond en avant !

Le coronavirus venait de provoquer sine die ce que des années d’expérimentation timide n’avaient pas pu obtenir : une révolution culturelle du travail. Papa avait brusquement cessé d’aller au bureau de 9h à 18h et pourtant le monde continuait de tourner. ça fonctionnait encore...

6 mois plus tard, chez .YZ comme dans tant d’autres sociétés en full remote aujourd’hui, ça fonctionne toujours. On continue de parler, de communiquer, on dégage du chiffre et nos difficultés éco ne sont pas liées au télétravail. On a revu nos rituels : un jour par mois, on fait un mini séminaire in real life, avec toute l’équipe - une vingtaine de salariés. Désormais, trois autres collaborateurs ont déménagé, l’un à Genève, le deuxième à Düsseldorf, une troisième sur la presqu’île de Crozon. Avec le remote, un premier verrou a sauté, sans douleur : celui du lieu de travail !


Pour moi, c’est le premier battement d’aile, le premier souffle de l’effet papillon. J’en suis convaincu, un siècle de routines et codes du travail est sur le point d’être balayé par la révolution qui s’annonce. Avec le remote, le lieu de travail ne dicte déjà plus nos choix de vies et d’organisation quotidienne et familiale. Il permet au travailleur de renouer avec une qualité de vie et de redynamiser au passage des pans entiers de territoire périurbains et ruraux. Et c’est un début… A court terme, le remote va enterrer « la journée de travail » telle que nous la connaissons, avec ses 8h de travail obligatoires. Car en mettant fin à l’enfer de l’open space, du small tchat et du micro management, le remote nous rend plus efficace. Il nous permet enfin de « produire plus en travaillant moins ». Et donc de diminuer le temps de travail…

Vous pensez peut-être que je suis un grand radical… Mais cela n’a rien de nihiliste, bien au contraire. Depuis l’instauration de la semaine de 5 jours, il y a bientôt 100 ans, la temporalité du travail n’a pas été remise en question. Alors que le monde du travail a totalement changé ! Ma croyance absolue, c’est que la performance n’est pas corrélée au temps passé sur une tâche. La durée n’induit pas l’efficacité. C’est même souvent l’inverse. Quand je demande à mes salariés qui parmi eux pense qu’il est efficace 8h par jour, aucun ne lève la main. 6 h par jour ? toujours personne. 4h par jour ? Quelques mains timides se lèvent... Donc, le reste du temps est perdu en multitasking, en déconcentration, en pauses, en interactions sociales de faible intensité. La vérité, c’est qu’aujourd’hui, tout nous enchaîne au travail, tout en contribuant à nous en distraire : les logiciels, addictifs, avec leur système de notifications, nous harcèlent en permanence. Des journées gaspillées à répondre à tous les messages qui arrivent. Le culte de l’immédiateté, de la disponibilité. Mais ce n’est pas ça travailler ! Le découpage en micro-tâches et la sollicitation permanente nous donnent l’impression d’être débordés : on se sent busy toute la journée alors qu’on n’a rien fait !


La semaine de 4 jours, ça a l’air radical, mais en réalité, c’est modeste. Si j’arrive à sauver 2h par jour du lundi au vendredi, je sauve 8h sur une semaine, soit un vendredi entier. Je pense que moins on a de temps pour accomplir une tâche, et plus on est focus pour l’accomplir. Microsoft Japon a instauré la semaine de 4 jours pendant deux mois en 2019, et les dirigeants ont observé un gain de productivité de 40% ! Idem chez Perpetual Guardian, en Nouvelle-Zélande, en 2018 : les collaborateurs performaient plus qu’en 5 jours. Moins on a de temps, plus on est ingénieux. Et on gagne une journée. Pas une journée de travail en moins. Mais une journée de vie en plus, un vrai trésor dans ce monde où les softskills sont de plus en plus recherchés, où les side projects sont encouragés, où la créativité et la capacité de conception sont les derniers bastions de ce qui ne restera humain et échappera -  pendant quelques années encore – à l’automatisation.


J’y crois plus que jamais : la crise du coronavirus est venu mettre un coup de pied dans la fourmilière de nos certitudes, en apportant la preuve de la faisabilité du télétravail et – peut-être demain de la semaine de 4 jours. La révolution qui s’enclenche est quasiment inimaginable encore. C’est le moment de nous poser cette question cruciale : « Si on inventait le travail aujourd’hui (avec les moyens et outils technologiques actuels), comment l’organiserait-on ? » L’histoire allant toujours dans le sens de l’efficacité, cette révolution, j’en suis sûr, fera gagner tout le monde : les entreprises, les salariés… et sans doute aussi, la planète. »

En savoir plus ? Rendez-vous sur yz-paris.com et sur 4dayweekchallenge.com

Crédit photo : Alexandre Fumeron


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